Le street art passe l'été au canal de l'Ourcq

lundi 21 juill. 2014 | Fiona Guitard

Du 5 juillet au 24 août, l'art urbain colore les berges du canal de l’Ourcq. Dans le cadre du festival De l'Art à l'Ourcq, 32 œuvres de street art ont ainsi été créées par une trentaine d'artistes. Une balade estivale et artistique. Une autre perspective de l’espace urbain. 

Après le projet Inside Out élaboré par JR en 2013, le canal de l’Ourcq devient une nouvelle fois une exposition d’art en plein air. Mis en place par l’association Art Azoï qui élabore des peintures de murs avec des artistes dans l’Est parisien, De l'Art à l'Ourcq s’étend sur 10 km, de la Rotonde de Stalingrad dans le 19ème arrondissement de Paris jusqu’à Aulnay-sous-bois. Il présente les œuvres de nombreux street artists dont Le Cyklop, Medra, Marko93, Seth, Erol, Dize ou encore Surfil. Une trentaine d’artistes ont pu participer à ce grand événement et s’approprier l’espace urbain, en créant une œuvre sur une porte, un escalier, une cheminée, des cabines téléphoniques, des poteaux, mais aussi une armoire électrique ou encore la citerne d'un camion. Une façon de découvrir d’un nouvel œil les berges de ce canal, véritable lien entre Paris et sa banlieue.

Un lieu historique du street art parisien 

Le canal de l’Ourcq est depuis des années un lieu où graffeurs, pochoiristes, collagistes laissent leurs traces. On y croise l’homme blanc de Jerôme Mesnager. Récemment, Alexöne a recouvert de ces drôles de créatures le pavillon du canal. Et sur ses berges, se dressent ce qui étaient il n’y pas si longtemps un temple du graffiti, les magasins généraux de Pantin. Cet été, les œuvres d’artistes connus et celles d'artistes anonymes, s’ajoutent les œuvres du festival l’Art à l’Ourcq. Résultat, les productions se mélangent et offrent un incroyable éventail de signatures graphiques.

La balade a débuté. Alors qu'on se croirait presque sorti de la capitale, une œuvre de Levalet vient nous rappeler que le parcours a déjà commencé. Jeanne, 24 ans, est venue du Val-de-Marne pour l’occasion : « C’est super intéressant de voir comment chacun a pris possession d’un objet pour le transformer. Dès qu’on regarde autour, il y a un truc qui attire notre attention. À un moment, je suis passée sous un pont, je regardais les grafs dessinés sur le métal et j’ai pu voir le fameux homme blanc de Jérôme Mesnager. Ce qui est dommage c’est qu’à certains endroits, il y a un petit panneau qui indique qui est l’artiste et à d’autres, les panneaux ont été arrachés. Du coup, ceux qui ne connaissent pas trop le street art ne savent pas du tout qui a fait quoi ».

Quelques minutes après la traversée du parc de la Villette, deux artistes ont pris les rives. D’un côté, le Module de Zeer, de l'autre Jace habillent cette ancienne zone industrielle. Une prise de possession de l’espace toute en hauteur et en détails, qui pousse les promeneurs à s’interroger pendant leur déambulation. Anthony, amoureux du Brésil, était surtout venu voir l’oeuvre de Derlon : «  J’ai découvert Derlon il n’y a pas longtemps. Mais je voulais voir en vrai une de ses fresques. J’arrivais de l’autre côté de la rive et j’ai vu cette grande tour puis cette façade colorée. Je me suis demandé si ça faisait partie de la balade tellement c’est immense ».

L'art pour tous

Un peu avant le Centre National de la Danse, une cabine téléphonique attire le regard des passants. Deux enfants jouent avec la porte et la referme. Leur père, Henri, les regarde amusé : « Ça fait au moins 20 minutes qu’ils observent et jouent avec la cabine pour voir si quand on se recule, les dessins changent. Je les ai pris en photo près de la cabine et c’est fou comme à l’œil nu on ne se rend pas vraiment compte de ce qui se dégage de cette cabine, alors que sur la photo on voit super bien la perspective. C’est vraiment artistique. »

Djalouz est passé par là. Cet artiste graffiti plasticien, a été particulièrement inspiré par le canal : « Le canal de l’Ourcq offre un décor magnifique. L’endroit où se trouve ma cabine est superbe, la végétation y est présente et mes formes en volumes prennent sens avec les éléments qui l’entourent. Elles circulent en harmonie avec le paysage ». Il était d’ailleurs important pour lui de participer à ce projet : « Ce sont des projets de ce type qui font avancer les choses dans le bon sens et nous crédibilise aux yeux du public, qui reste encore très frileux et peu réceptif au graffiti et au street art. »

La balade peut se faire à pied, en vélo ou en navette fluviale les week-ends, mais aussi avec Thom Thom, dont vous trouverez l’œuvre ainsi que celles de Dan 23, Jacques Villeglé, JBC, et Tetar, quelques mètres après le Théâtre au fil de l’eau, sur le chemin de halage. Tous les dimanches matins, à 11h, Thom Thom accompagne ceux qui voudraient en savoir plus sur tous ces artistes qu'il connaît bien. Street artist parisien depuis plusieurs années, Thom Thom est également impliqué dans l'association le M.U.R Oberkampf qui accueille un nouvel artiste toutes les deux semaines. Il aime cette idée de partage avec les visiteurs : « Les balades sont l’occasion d’échanger nos points de vues. Il ne s’agit certes pas d’établir une doxa mais de donner les perspectives (historiques, techniques, socio-économiques, esthétiques) qui permettront à tous de mieux voyager en couleurs. »

De L'Art à l'Ourcq propose un dialogue entre trois protagonistes, le visiteur, le canal et l'art urbain. Et la conversation est passionnante ! Chez Citazine, on vous conseille de suivre le parcours à vélo. De la Rotonde à Aulnay-sous-bois, avec 32 œuvres disséminées sur 10 km, deux heures suffiront à peine à régaler votre curiosité. 

> Cet article a été réalisé dans le cadre de notre partenariat avec la StreetSchool, l'école de journalisme alternative de StreetPress.

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