Le bungalow, patrimoine des banlieues du Québec

jeudi 26 juill. 2012 | Marie Desgré

Nous poursuivons notre tour du monde des habitats vernaculaires, en posant cette semaine nos valises au Canada. Né à une époque pas si lointaine, mais assez pour être devenu partie intégrante du paysage urbain, le bungalow, au Québec, est d’abord l’expression d’un besoin : celui de loger vite, et à un prix abordable, les familles issues du baby-boom.

C’est une sorte de marque de fabrique nord-américaine : lorsque l’on survole en avion une ville du Canada ou des Etats-Unis, juste avant l’atterrissage, on les voit souvent s’aligner, presque à perte de vue. Machinalement posées, les unes à côté des autres, séparées au centimètre près, comme un motif géométrique dupliqué à l’infini. Vues de la terre ferme pourtant, ces maisons, bien que parfois standardisées, savent se différencier les unes des autres, tout en gardant des traits communs. Au Québec, ces petites maisons de banlieue ont un nom : les bungalows.

Bungalows vus du ciel | Flickr - CC - Axel Drainville

S’il est devenu l’un des éléments à part entière du paysage québécois, le bungalow trouve son origine dans l’histoire de la province canadienne. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement fait un effort pour pouvoir loger des familles toujours croissantes avec l’arrivée des baby-boomers. Objectif : offrir à ces familles un habitat moderne et abordable.

Une diffusion à grande échelle

C’est ainsi que naissent, entourées d’un petit carré de gazon, les petites maisons à un niveau (parfois deux), dont la simplicité des formes architecturales et la préfabrication de certaines pièces en usine préfigurent déjà une diffusion à grande échelle, et à travers elle une certaine standardisation. Aussi, d’après Lucie Morisset et Luc Noppen dans les Cahiers de géographie du Québec, entre 1945 et 1960 le nombre de cités périurbaines est passé de 138 à 227. Selon les historiens, dans l’agglomération de Québec, 55% des enfants grandissaient en banlieue en 1966 ; deux générations plus tard, en 2006, cette part a grimpé à 90%. Le bungalow fait donc partie de la vie, des souvenirs et du patrimoine d’une importante partie de la population québécoise.

Bungalow près de Montréal | Flickr - CC - Caribb

Ce qui semble distinguer physiquement ce bungalow de ses cousins nord-américains, ce sont ses modèles. « Le bungalow québécois est le résultat de deux influences, la Ranch house américaine et le bungalow anglais, dont il se démarque pourtant », écrit la sociologue Andrée Fortin, professeur à l’université de Laval, au Québec. « La Ranch house est le produit d’un héritage hispanique du début du XIXe siècle, repris et popularisé par des architectes californiens dans les années 1920. Au Québec, ce modèle est transformé et la distribution des pièces est différente ; ainsi, la salle familiale typique des maisons américaines, ou family room, est absente des bungalows québécois, auxquels s’ajoute un sous-sol », explique t-elle. Du bungalow anglais, résidence secondaire bourgeoise du XIXe siècle, le bungalow québécois s’est inspiré de la toiture à faible pente, du couloir distribuant les chambres, et de la distanciation entre les pièces de vies et les chambres, situées aux deux extrémités de la maison.

Bungalow près de Montréal | Flickr - CC - Caribb

Tous identiques, les bungalows québécois ? A bien y regarder, pas tant que cela, finalement. La plupart de ces maisons ont en effet été construites… sans plan ! La raison ? Le gouvernement, en soutenant les pratiques constructives individuelles pour éviter que la préfabrication ne prenne trop d’importance, a encouragé l’avènement des petits entrepreneurs plutôt que des promoteurs. Il n’était alors pas rare que l'entrepreneur, qui contrairement au promoteur ne travaillait que sur une poignée de maisons à la fois, modifie ce qui était pourtant de son domaine d’expertise, pour rapprocher le plus possible la maison en construction du rêve du client. C’est à cela que l’on doit quelques anachronismes en matière de construction, comme le font remarquer Lucie Morisset et Luc Noppen avec « la persistance des poteaux de bois en soutien des poutres dans les sous-sols, bien après la commercialisation d’homologues en métal ».

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