"Boulevard", l’adieu discret de Robin Williams

mercredi 18 mai 2016 | Marco Pierrard

Moyen

À 60 ans, Nolan, employé de banque modèle, croise par hasard la route de Léo, un jeune prostitué homosexuel qui va bouleverser son quotidien. Un drame peu inspiré dont l’intérêt principal est de retrouver, pour la dernière fois au cinéma, le talentueux et regretté Robin Williams.

Lorsque son patron lui annonce qu’il a été recommandé pour une promotion au sein de la banque, Nolan Mack (Robin Williams) réagit à peine à la bonne nouvelle. Il faut dire que l’homme de 60 ans, avec son regard perdu dans le vide et son air triste, semble le plus souvent absent de sa propre existence. Dans l’intimité, cela fait longtemps que Nolan et sa femme Joy (Kathy Baker) font chambre à part. Malgré tout l’amour qu’il lui porte, ce mariage de convenance n’a été conclu que pour renvoyer une vision socialement acceptable de lui-même à la société.  

Alors que rien ne semble pouvoir combler le vide de son existence, Nolan fait la rencontre de Léo (Roberto Aguire), un jeune homosexuel qui vivote grâce à des passes le long d’une avenue. Les deux hommes sympathisent et une relation ambigüe débute, dans le secret de chambres d'hôtel louées à l'heure. Au contact du jeune homme, Nolan remet en cause toutes les années passées à cacher sa véritable nature aux autres et à se mentir à lui-même.

Boulevard © Camellia Entertainment - Evil Media Empire - Zelig Films Distribution

L’ultime tour de piste du clown triste

Filmé en 2013, Boulevard a été sélectionné dans quelques festivals en 2014 pour ne sortir en salles aux États-Unis qu’en juillet 2015. En France, il a fallu attendre presque un an supplémentaire pour découvrir le dernier rôle dramatique de Robin Williams à l’écran, cette sortie tardive faisant également du film la dernière apparition de l’acteur dans les salles obscures de l’hexagone. Admiré pour son humour et ses incroyables capacités d’improvisation, Robin Williams prouve une nouvelle fois dans ce drame qu’il excellait également dans les rôles plus sombres, en prise directe avec ses propres démons. Touchant, l’acteur est d’une incroyable justesse dans la peau de cet homme qui s’exprime peu et dont le sourire discret trahi une mise à distance de sa propre existence. Très renfermé sur lui-même, le personnage de Nolan permet à Robin Williams de montrer toute l’étendue de son jeu d’acteur, très loin des rôles déjantés qui l’ont fait connaître.

La subtilité du jeu de Robin Williams réussit tant bien que mal à faire tenir debout ce drame par ailleurs bien mal ficelé. En dehors des prestations de ses acteurs, Boulevard n’est en effet guère convaincant. Avec une mise en scène basique, un scenario pauvre et des dialogues parfois peu inspirés, l’écrin dans lequel évoluent les acteurs n’est pas vraiment à la hauteur de leur talent. La prestation du regretté acteur élève à elle seule le niveau de ce film mineur qui effleure seulement son sujet.

Boulevard © Camellia Entertainment - Evil Media Empire - Zelig Films Distribution

Une vie à réinventer

Découvrir un film après la mort d’un acteur est toujours une expérience troublante et l’on ne peut s’empêcher de chercher (et parfois trouver) un parallèle entre le rôle et l’acteur, comme un message subliminal caché dans l’œuvre. La disparition tragique de Robin Williams pousse évidémment à rapprocher l’acteur de ce rôle qui fut l’un de ses derniers. Lors du tournage du film à la fin de l’année 2013, la santé de Robin Williams commençait déjà à se dégrader rapidement. Diagnostiqué en novembre, l’acteur apprend qu’il est atteint de la démence à corps de Lewy, une maladie dérivée d’Alzheimer et de Parkinson qui touche le cerveau et entraîne une perte d’autonomie. La star du Cercle des poètes disparus doit alors se battre au quotidien contre un corps plus difficile à contrôler et des hallucinations visuelles. Une maladie qui, associée à l’anxiété et au tempérament dépressif de l’acteur, aurait finalement poussé l’acteur à mettre fin à ses jours le 11 août 2014. Robin Williams incarne ainsi dans l’un de ses derniers rôles un homme désirant reprendre le contrôle de son existence alors que la sienne allait rapidement lui échapper. Une sombre perspective qui était inenvisageable pour l’acteur.

Drame sans envergure, on retient avant tout de Boulevard la brillante performance tout en retenue de Robin Williams. Une prestation qui procure un sentiment confus, entre le plaisir de revoir cet acteur génial à l’écran, la nostalgie de se dire qu’il s’agit de sa dernière apparition et le regret de constater que ses ultimes projets n’ont pas été à la hauteur de son talent.

Boulevard, réalisé par Dito Montiel, États-Unis, 2014 (1h28)

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