"Birdman", Keaton s’envole

mercredi 25 févr. 2015 | Marco Pierrard

Riggan Thomson, un acteur oublié, connu pour avoir incarné sur grand écran le célèbre super-héros Birdman, tente de faire son come back dans une pièce de théâtre à Broadway. Réflexion loufoque à la fois émouvante et drôle sur le métier d’acteur et le succès, le nouveau film du réalisateur Alejandro González Iñárritu permet de retrouver un Michael Keaton au meilleur de sa forme. Savoureux.

L’acteur Riggan Thomson (Michael Keaton) a eu son moment de gloire, il endossait alors le costume de Birdman, un super-héros très populaire qui lui a permis de faire exploser sa carrière. Pour éviter d’être enfermé dans la peau du personnage ailé, le comédien a décidé de quitter la franchise après le troisième opus et tente depuis de renouer avec la célébrité. Pour conquérir de nouveau le cœur du public, Riggan compte sur une pièce qu’il a décidé de monter à Broadway dans laquelle il incarne le rôle principal, une adaptation de What We Talk About When We Talk About Love, histoire écrite en 1981 par Raymond Carver. Soutenu dans cette aventure par sa fille Sam (Emma Stone), qui tient également le rôle d’assistante, et son producteur Jake (Zach Galifianakis), l’acteur plein d’espoirs doit affronter la voix de son alter ego de cinéma, Birdman en personne, qui résonne dans sa tête pour lui rappeler qu’il n’est qu’un has been qui a foutu sa carrière en l’air en abandonnant ce rôle. Confronté à l’évolution du milieu, Riggan va devoir affronter ses propres démons pour (re)trouver sa place en tant qu’artiste et accessoirement en tant que père.

Birdman © Fox Searchlight. Tous droits réservés.

Fantastique célébrité

Tourné comme un seul et unique plan séquence qui se balade de l’intérieur du théâtre aux rues adjacentes en plein Broadway, Birdman est un tour de force technique qui impressionne par son incroyable fluidité. Sans tomber dans l’effet facile, l’impression de l’action continue, parfaitement exécutée, fonctionne à merveille. Jouant avec des scènes où le fantastique s’immisce dans la réalité avec des explosions dignes des plus gros blockbusters, des lévitations surnaturelles et des apparitions de Birdman, le cinéaste place son film entre réel et fantasme, pour mieux nous faire ressentir le trouble de cet acteur névrosé qui n’a qu’une peur : rater son retour sous les projecteurs et être ainsi condamné à la triste et fade banalité du quotidien. Obsédé par la voix du super-héros qu’il le ramène sans cesse à ce qu’il a été, le comédien d’âge mur doit tenter de sauver le spectacle menacé par les frasques de Mike (Eward Norton), acteur de la « jeune » génération suffisant et insupportable, et renouer avec sa fille. À la fois drôle et touchant, le combat de Riggan – mené avant tout contre lui-même – pose la question de la quête de notoriété en exposant à la fois son attrait irrésistible et sa vacuité – avec sa forme la plus futile, le fameux « buzz » tant recherché dont le fonctionnement est expliqué par Sam à son père et qu’il va expérimenter bien malgré lui. Une soif de reconnaissance à mettre en perspective avec le choix de Michael Keaton comme acteur principal de cette fable à connotation fantastique.

Birdman © Fox Searchlight. Tous droits réservés.

Keaton is back

Dans ce casting parfait, Michael Keaton s’élève bien au-dessus des rôles qu’il a pu jouer ces dernières années. En choisissant l’acteur pour jouer Riggan, le réalisateur crée une mise en abime intrigante qui pousse à faire le parallèle entre Michael Keaton et son rôle. En effet, l’expérience de celui qui a joué deux fois Batman pour Tim Burton en 89 et 92, avant de laisser le masque à Val Kilmer, fait écho à la situation de Riggan dans le film. Dans l’univers Marvel trois personnages portent le nom de Bird-Man mais le film n’est pas une adaptation des aventures de l’un d’eux. Ici le héros à plumes est un prétexte pour parler de l’acteur superstar qui l’a incarné et le mettre en opposition avec le « simple » acteur de théâtre. Birdman est l’alter ego du fameux homme chauve-souris incarné par Keaton qui reste – avec son rôle dans Beetlejuice (1988) – celui qui a le plus marqué les esprits. La fusion entre l’acteur et son rôle est troublante et donne une dimension supplémentaire au film. Avec ses réflexions sur le cinéma et la célébrité, Birdman a été, sans surprise, le grand vainqueur de la dernière cérémonie des Oscars. Plébiscité par la profession – le film a remporté 4 statuettes dont meilleur film, meilleur scénario original et meilleur réalisateur pour le cinéaste mexicain. Le film a laissé peu de place à Boyhood et encore moins à Foxcatcher qui est reparti sans rien. Michael Keaton est passé au travers de cette pluie de récompenses, malgré sa brillante prestation, l’Oscar a été décerné à Eddie Redmayne – il faut l’avouer plutôt convaincant dans le corps meurtri du scientifique Stephen Hawking dans Une merveilleuse histoire du temps. Tant pis pour la reconnaissance de ses pairs, espérons toutefois que l’ex-Batman se verra prochainement confier des rôles aussi riches que celui offert ici car un Keaton en aussi grande forme on en redemande.

Comédie noire à la fois anxieuse et lumineuse portée par une réalisation impressionnante de précision, Birdman plonge avec grâce dans les méandres de la notoriété. Une folle envolée créative à ne surtout pas rater.

> Birdman (Birdman or (The Unexpected Virtue of Ignorance)), réalisé par  Alejandro González Iñárritu, États-Unis, 2014 (1h59)

0 Commentaire

  • Avant de poster vos commentaires, merci de bien vouloir prendre en compte la charte des commentaires .
  • Il n'est plus possible de réagir sept jours après la publication de l'article.
  • Si un commentaire vous parait douteux (insultes, xenophobie, publicité ...) merci de nous le signaler en cliquant sur le lien "Alerter"

Vos réactions

Sur Facebook

Articles du mois