"La Belle Saison", la révolution est dans le pré

mercredi 19 août 2015 | Marco Pierrard

Intéressant

Delphine, fille de paysans, débarque à Paris en 1971 dans le but de gagner son indépendance. Elle y rencontre Carole, parisienne et fervente militante féministe. Le rapprochement entre les deux femmes va bouleverser leur vie.

Au tout début des années 70, Delphine (Izïa Higelin) quitte sa campagne natale pour montrer à la capitale, une bonne occasion de s’émanciper du carcan familial et gagner son indépendance. Dans cette nouvelle vie urbaine, elle découvre les réunions du MLF à la Sorbonne, un mouvement qui tente de donner de l’ampleur à un féminisme encore balbutiant. Carole (Cécile de France), professeure parisienne en couple avec Manuel (Benjamin Bellecour), très engagée au sein du collectif, se lie rapidement d’amitié avec la nouvelle venue. Les deux femmes ne se doutent pas encore que l’évolution de leurs rapports en relation amoureuse va chambouler leur existence, et mettre à l’épreuve leurs convictions.

La Belle Saison ©  Chaz Productions - France 3 Cinéma - Artémis Productions

Les frémissements du « girl power »

Dans sa première partie, le film traîne, à l’image de Delphine, sur les bancs de la fac où des femmes, décidées à faire évoluer une société française bien trop machiste à leurs yeux, tiennent des réunions mouvementées. Ces discussions sur la place de la femme dans la société fascinent Delphine, jeune homosexuelle qui n’a jamais trouvé la force d’annoncer sa préférence à son entourage. De plus en plus engagée dans le combat pour les droits des femmes, Delphine découvre les débats internes qui agitent le mouvement : l’inclusion – ou non – des hommes au sein du groupe ou encore la pertinence de lutter également pour les droits des homosexuels. En restituant cette période de prise de conscience décisive pour l’émancipation des femmes, la réalisatrice Catherine Corsini rend un bel hommage à ces pionnières qui ont lutté notamment pour le droit à disposer de leurs corps. Si certaines répliques peuvent faire sourire rétrospectivement, l’actualité récente – y compris dans des pays voisins de la France – prouve que, quarante ans plus tard, des combats initiés par ces militantes comme le droit à l’avortement restent toujours à défendre. La Belle Saison nous rappelle également – avec une scène épique d’évasion d’un homosexuel d’une clinique – qu’à cette époque on pensait pouvoir « traiter » l’homosexualité en utilisant les électrochocs de la thérapie par aversion. Bien documentée, cette plongée sympathique dans la mentalité du début des années 70 pose les bases du combat commun de Delphine et Carole pour la liberté… et des complications à venir.

La Belle Saison ©  Chaz Productions - France 3 Cinéma - Artémis Productions

La passion à l’épreuve des convictions

Lorsque les deux femmes passent d’une relation amicale au partage du même lit, Carole délaisse Manuel avec qui elle vit. Incapable de rompre avec son compagnon ou même de mettre des mots sur le lien qui l’unit avec Delphine – simple aventure ou histoire d’amour sérieuse –, la professeure, si directe quand il s’agit de défendre les droits des femmes, a bien du mal à gérer ce bouleversement dans sa vie personnelle. La situation se complique d’autant plus quand Delphine doit retourner à la ferme familiale après un accident empêchant son père de gérer l’exploitation. Elle est rejointe par Carole qui encourage son amoureuse à révéler leur liaison à sa mère (Noémie Lvovsky). Comme Carole face à Manuel, les idéaux de Delphine vont alors être mis en contradiction avec ses actes. Luttant pour la reconnaissance des droits des femmes et des homosexuels au niveau de la société, Delphine se retrouve incapable de plaider sa cause auprès de ses proches dans la sphère privée. Un renversement de situation plutôt habile qui donne une profondeur intéressante à ce retour à la terre non prévu au programme. Cette épreuve menaçant la cohésion du couple fournit le suspens nécessaire pour tenir en haleine le spectateur jusqu’au dénouement final et offre au film une résonance très moderne. Malgré l’évolution des droits, la crise vécue par Carole et Delphine, se heurtant à l’incompréhension familiale et la méfiance du village, pourrait tout à fait être transposée de nos jours.

Porté par un casting sans faute, La Belle Saison est un agréable saut dans le temps dont l’histoire d’amour met en perspective le développement du mouvement féministe à l’aube des années 70. Cette excursion champêtre douce amère sur fond de lutte pour l’égalité des droits s’avère plutôt attachante.

La Belle Saison, réalisé par Catherine Corsini, France, 2015 (1h45)

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