Le barbier est une barbière

jeudi 14 nov. 2013 | Dorothée Duchemin

A l’occasion de Movember, nous avons poussé la porte de "la Barbière de Paris". Le barber shop, où se pressent les hommes de tous poils, est tenu par Sarah Daniel Hamizi, seule femme à exercer cette profession à Paris. Par amour du poil !

C’est une échoppe nichée dans la rue Condorcet. Barber Shop, lit-on sur la petite pancarte au dessus de la porte. On entre. Un jeune homme qui porte fièrement une longue barbe merveilleusement taillée et des tatouages "old school" nous accueille. Sarah prodigue ses derniers conseils à un client barbu. En hauteur les superbes portraits au crayon du dessinateur Geoffrey Guillin surplombent l’espace avec bienveillance. Il est  actuellement exposé à Toulouse. Le nom de l’expo : "Barbes et moustaches"… Ces deux-là devaient s’entendre1.

Vrombissement de la tondeuse, cliquetis des coups de ciseaux, nous sommes chez la Barbière de Paris, la seule et unique barbière de la Capitale. Sarah a ouvert ce salon au début des années 2000. « Je suis barbière depuis 15 ans, coiffeuse depuis 20 ans. » Cet amour du poil la tient depuis qu’elle est toute petite. « Je regardais mon grand-père qui se rasait tous les matins. J’étais fascinée, c’était un rituel magnifique. Je voulais être barbière. »

Cheveux noirs, courts, rouge à lèvre carmin, visage déterminé, la tenancière "en impose". Il faut dire qu’il n’a pas été aisé de trouver sa place en tant que femme dans ce milieu d’hommes. « J’ai été formée dans un salon turc, cour des Petites-Ecuries. Le patron m’a fait confiance. Ça a été dur, au début certains hommes faisaient demi-tour, ne voulaient pas que je les touche. Mais finalement, j’ai su être convaincante. »  Et le poil turc serait une excellente école, tant il est dru et difficile à dompter. « On dit que si on sait s’occuper des barbes turques, on sait s’occuper de toutes les barbes ».

Movember

Nous avons souhaité rencontrer la Barbière de Paris à l’occasion de Movember. Une événement mondial qui vise à sensibiliser, durant un mois, aux maladies masculines telles que le cancer de la prostate ou des testicules. Pour afficher leur soutien à la cause, les hommes sont invités à porter la moustache durant un mois. Investis dans l’opération, La Barbière de Paris et son équipe ont couru lundi 11 novembre pour la deuxième édition des Bacchantes. Les fonds collectés ont été reversés à l’hôpital européen Georges Pompidou, précisément à l’équipe de recherches du professeur Nicolas Thiounn.

Depuis deux ou trois ans, dans son salon, Sarah remarque que le travail de sensibilisation initié par Movember porte ses fruits. « Aujourd’hui, mes clients en ont tous au moins entendu parler. » Alors ce mois-ci, dans le barber shop de la rue Condorcet, la moustache a la cote. « Mais ce qui compte ce n’est pas de porter une moustache. C’est d’expliquer pourquoi on la porte autour de soi, sinon ça ne sert à rien. » Et forcément, porter une moustache attise la curiosité alentours. Car la bacchante est rare, plutôt stricte et difficile à porter. « Il faut l’assumer, elle a un côté dandy. » La moustache n’est pas tendance, tout le contraire de la barbe.

A la mode voici quelques années, la barbe est aujourd’hui une véritable tendance. Seule barbière de France jusqu’à l’année dernière, Sarah voit cette année s’installer des consoeurs. « Et c’est très bien, parce qu’il y a un vrai besoin. » On n’a jamais vu autant de poilus. Alors que la barbe faisait "négligé" voici quelques années, elle a désormais changé de statut. Aujourd’hui, une barbe bien entretenue peu être portée avec beaucoup d’allure. « Les hommes ont envie de porter la barbe et l’assume. Des gens comme nous s’installent, on développe des techniques et la barbe est maintenant clean. » La mode actuelle : c’est la barbe d’une semaine. La "barbe de trois jours" a poussé.

La démocratisation du barbier

Au tour de Maxime, 28 ans, de s’installer dans le fauteuil. Barbe sauvage, il vient ici toutes les trois semaines. « C’est très dur de couper sa barbe seule en réalité. On fait des trous. La barbe de trois jours c’est facile mais quand c’est plus long c’est difficile. » Sous les doigts experts de Sarah, Maxime sera tondu, rasé, épilé. « Ici, c’est différent des barbiers traditionnels. C’est moderne, hype, un peu comme à Londres. » 

Est-ce cette ambiance qu’elle voulait recréer ? « Je n'ai rien prémédité, j’ai laissé faire. On est une bonne équipe, on travaille dans une bonne ambiance. Les garçons qu'on accueille ont besoin de ces lieux, pour qu’on s’occupe d’eux et qu’ils soient entre eux. » Loïc aussi, le jeune homme à l'accueil, est resté pour l'ambiance. Arrivé de Belgique, à la recherche d'un emploi, il s'est fait taillé la barbe chez Sara pour des entretiens. Elle avait besoin de quelqu'un, depuis, il n'a plus quitté le salon. Et ne touche plus à sa barbe. « Dès que j’ai un moment de libre, ils s’occupent de ma barbe. »  

Autour de Sarah, plusieurs autres barbiers et barbières s’agitent autour des têtières des fauteuils. Le salon est rapidement bondé. Les clients, toutes générations confondues se pressent dans la petite boutique. Tous unis autour du poil. Le salon s’est construit une belle réputation et ne désemplit pas. Le bouche à oreille a fait son oeuvre. Les clients sont réguliers. Ils viennent une fois par mois, une fois tous les quinze jours. Certains mêmes trois fois par semaine. Aller chez le barbier n’est plus une démarche de snobinard, de monsieur à l’ancienne, de hipster agaçant. Non, on va chez le barbier comme on va chez le coiffeur.

Vingt ans de poils derrière elle. N’en a-t-elle pas marre des barbes, colliers, moustaches, bacchantes, glorieuses, favoris ? « J’adore. Quand je vois un garçon barbu dans la rue, j’ai les mains qui me titillent, j’ai envie de lui dire "viens t’asseoir là toi". J’ai une relation chouette avec les garçons. Ils savent ce qu’ils veulent, c’est carré, sans ambiguïté, franco. » A la différence de...

> La Barbière de Paris, 14, rue Condorcet, 75 009 Paris. 

  1. 1. Barbes et moustaches, comment les tailler au poil !, des conseils de la Barbière de Paris et des illustrations de Geoffrey Guillin, Larousse, 2013
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