Le baiser : quand l’intime s’exhibe (ou pas) en public

mardi 24 sept. 2013 | Audrey Minart

A l’occasion de la parution de l’ouvrage "Le baiser en voie de disparition ?" de la philosophe serbe Zorica Tomic, Citazine s’est interrogé sur la place que cet acte occupe en public. Si le "french kiss" est mondialement connu, et si les amoureux de l’Hexagone ne freinent pas toujours leurs ardeurs devant les autres, il n’en reste pas moins que le baiser ne se pratique pas partout en public. Petit tour d’horizon.

Saviez-vous que la pratique du baiser n’aurait a priori rien à voir avec un acte d’ordre amoureux ? C’est notamment ce qu’explique la philosophe serbe, Zorica Tomic, qui vient de publier un essai sur cette pratique. En effet, les théories des anthropologues et ethnologues divergent sur la naissance de cette pratique. Le baiser pourrait être le descendant d’une autre pratique, très ancienne : la prémastication. Autrement dit : l’acte, pour la mère, de mastiquer la nourriture pour son enfant avant de lui donner par le bouche à bouche. Une autre théorie évoque la prémastication du tabac, que les hommes pratiqueraient pour ensuite le donner aux femmes. Le baiser pourrait également être né de la nécessité de "flairer" un nouveau venu dans une tribu…

La symbolique du baiser : avec qui ? pourquoi ? en privé/ en public ?

Quoi qu’il en soit, à travers les siècles et les cultures, le baiser a pu prendre un grand nombre de significations différentes, pas toujours circonscrites à l’amour conjugal. Deux mille ans avant Jésus-Christ, en Inde comme en Europe et en Afrique, on croyait que "l’inspiration mutuelle de l’haleine permettait de réaliser une union spirituelle entre deux êtres humains". Les Indiens pensaient que la fusion des lèvres avait pour objectif "l’union de leurs âmes et l’accomplissement d’une osmose spirituelle". Dans la culture égyptienne, le baiser devait "donner la vie" à une autre personne. Par ailleurs, il est probable que les Celtes ne pratiquaient pas cet acte, étant donné l’absence de mot le signifiant, contrairement aux Romains qui ont élaboré un grand nombre de termes pour le qualifier.

"La symbolique du baiser est complexe. Il a d’abord une fonction privée et intime, mais aussi une fonction publique, c’est-à-dire rituelle", explique la philosophe. En effet, on distingue plusieurs pratiques : il peut être donné dans le cadre amical, amoureux, mais également en signe de respect et de subordination (d’autant plus forte que l’on embrasse une partie basse du corps, et tout particulièrement les pieds).

Tour du monde du baiser

Concernant le baiser "de couple" : "en public, (il) est une manifestation sans équivoque du lien amoureux, c’est-à-dire érotique, d’autant plus que ce genre de baiser éveille le désir sexuel", rappelle Zorica Tomic. Si en France et dans de nombreux pays occidentaux on le pratique souvent aux yeux de tous, et parfois non sans provoquer une petite gêne, on remarque qu’au contraire une bonne partie de la planète ne le pratique pas du tout. Du moins, pas en public. Zorica Tomic nous apprend par exemple que dans le Connecticut, il est interdit aux hommes d’embrasser leur femme le dimanche. Ailleurs dans le pays, si l’on peut prendre dans ses bras un quasi-inconnu (le fameux "hug" ), embrasser à pleine bouche sa moitié, dans la rue, n’est globalement pas nécessairement bien vu.

A Sitaki, une petite ville du Swaziland, pays du sud de l’Afrique, les baisers un peu trop fougueux en public ont même récemment été interdits, car considérés comme indécents. Ailleurs sur le continent, si deux hommes peuvent se tenir la main en guise de profonde amitié comme c’est le cas au Congo, le baiser n’a généralement pas non plus sa place au soleil. Dans certains pays arabes, mieux vaut savoir se contrôler. En 2010, un couple de britanniques a été condamné à un mois de prison ferme pour un baiser, qu’ils assurent pourtant "furtif", donné en public. A Ankara, en Turquie, un couple a également été arrêté en mai dernier pour la même raison. En réaction, une centaine de personne s’est donné rendez-vous pour des embrassades publiques en guise de protestation. Par ailleurs, le baiser "à la russe", c’est-à-dire sur la bouche, était encore récemment une tradition très répandue, y compris hors cadre amoureux et entre personnes du même sexe, notamment en politique. Il vient pourtant d’être interdit pour ces dernières, dans le cadre des lois "anti-gays", car considéré comme pouvant inciter à l’homosexualité. Le baiser de deux sportive russe lors des derniers jeux olympiques, avait alors été interprété par un grand nombre de médias internationaux comme signe de contestation, avant d’être fermement démenti. L’interdiction pourrait même à l’avenir concerner les hétérosexuels mariés.

Ailleurs dans le monde, même lorsqu’il n’est pas explicitement interdit, le baiser n’a culturellement pas à se pratiquer en public. En Asie notamment. Au Japon, l’indécence de l’acte peut même être notifiée aux touristes. En Chine, notamment dans certaines régions, il est également extrêmement mal considéré en public. En Thaïlande, même règle. "A Bangkok on peut éventuellement se tenir la main, mais généralement, dans les petites villes, on ne le fait pas", explique Bow, une thaïlandaise de 26 ans.

Quoi qu’il en soit, le baiser a de nombreuses vertus, et ce malgré les milliers de bactéries et virus qu’il est possible de se transmettre en le pratiquant. Il permettrait de brûler des calories, de faire diminuer le stress, d’augmenter le bien-être… et donc renforcerait notre bonne santé psychique, tout en fortifiant notre système immunitaire. Peu de dangers donc… Sauf, peut-être, pour les voyageurs mal informés.

 > "Le baiser en voie de disparition ?" Zorica Tomic, L’Âge d’homme, 214 p., 17 euros, 2013. 

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