"Astérix - Le Domaine des Dieux", divine adaptation

mardi 25 nov. 2014 | Marco Pierrard

Très bon

Astérix revient au cinéma en dessin animé et pour la première fois en 3D relief. Mené par Alexandre Astier et Louis Clichy, cette adaptation mêle habilement fidélité à l’œuvre originale et modernité. Une réussite réjouissante.

Exaspéré qu’un petit village gaulois échappe toujours à son emprise, Jules César décide d’abandonner l’usage de la force – bien inutile contre Astérix et ses amis gavés de potion magique – pour mettre en place une stratégie bien plus pernicieuse. En construisant à côté du village gaulois "Le Domaine des Dieux", une résidence luxueuse destinée à accueillir des habitants venus de Rome, César espère que sa "délicate" civilisation séduise les "barbares" irréductibles. Et, en effet, cette proximité avec les mœurs romaines ne tardent pas à modifier les comportements des gaulois, charmés par l’appât du gain et le confort de cette nouvelle façon de vivre. Subrepticement corrompue, la petite communauté villageoise pourrait bien perdre son âme et disparaitre. Heureusement, Astérix et Obélix, nos héros moustachus préférés, ne comptent pas se laisser faire.

© M6 Studio, Belvision, M6 Films et SND

Une technologie 3D relief respectueuse

Depuis leurs premiers pas en 1959 dans la revue Pilote, Astérix le gaulois râleur mais néanmoins sympathique et son imposant ami Obélix sont devenus un monument de la bande dessinée – et de la culture – française. Surfant sur l’engouement du public pour les aventures de ces ancêtres gavés de potion magique, les adaptations se sont succédé au cinéma depuis 1967 : au total 8 films d’animation et 4 films live ont été produits, pour le meilleur et (trop souvent) pour le pire. Porté par M6 Studio, le projet de réaliser un film animé avec la technologie 3D relief a mis du temps à se concrétiser. Il a fallu tout d’abord convaincre Albert Uderzo que le passage à cette technologie ne se ferait pas au détriment de l’expressivité des personnages. Une fois le créateur d’Astérix (avec René Goscinny, disparu en 1977) convaincu, M6 s’est naturellement tourné vers un membre de la "famille" pour l’adaptation de l’histoire, Alexandre Astier le talentueux comédien et auteur, créateur de la série télé Kaamelott. Pour l’aspect visuel c’est Louis Clichy, animateur chez Pixar notamment pour Wall-E (2008) et Là-Haut (2009), qui a eu la lourde charge de réaliser la modélisation en 3 dimensions des personnages – pas évident avec des nez pareils – et de leur univers sans tomber dans le piège d’un rendu trop lisse et froid. Et le résultat est surprenant. Fluide et énergique, l’animation trouve un juste équilibre entre l’aspect bande dessinée des personnages et un réalisme pointu, notamment au niveau des textures, les tissus des vêtements sont particulièrement bien réussis. Fidèle à l’aspect visuel de l'œuvre originale, ce nouveau film s’inscrit également dans la continuité des dessins animés précédents avec la présence de Roger Carel au casting. Celui qui est également la voix de Kermit, C3-PO, Winnie l’Ourson ou encore Alf incarne à nouveau le personnage d’Astérix. Cette voix incontournable permet de ne pas trop perturber ceux qui ont grandi avec les dessins animés précédents, d’autant plus que cette nouvelle adaptation est autant respectueuse de l’esprit que de la forme. Seule (petite) déception, comme très souvent, la 3D – pas celle utilisée pour donner vie aux personnages mais celle pour laquelle vous payez un supplément et devez mettre des lunettes – n’est pas pleinement exploitée à l’exception de quelques effets anecdotiques. Cet Astérix 3D peut donc être vu en 2D, sans regret. D’autant plus cette technologie ayant envahi les salles de cinéma ces dernières années est déconseillée aux plus jeunes enfants dans un rapport récent de l’Anses.

La potion magique d’Astier

En acceptant de réaliser une nouvelle adaptation de la franchise d’Astérix, Alexandre Astier a mis un point d’honneur à choisir lui-même l’aventure portée à l’écran. Le Domaine des Dieux, 17ème album de la saga écoulé à plus d’un million d’exemplaires en 1974, s’est vite imposé à lui. Un choix judicieux car cette histoire d’invasion romaine, toute en douceur, contient des thématiques intéressantes, que l’auteur évoque subtilement dans le film. Le scénario, complexifié par rapport à la bande dessinée, reste fidèle au sujet latent de cette aventure, le laisser aller – voire la "collaboration"– dans lesquels se complaisent les gaulois face à l’envahisseur romain, au risque de perdre leur identité. L’appât du gain – qui chamboule l’organisation du village – est l’autre aspect dénoncé avec drôlerie dans cette aventure. On retrouve également des préoccupations écologiques – plus de constructions, moins d’arbres donc moins de sangliers – et des revendications sociales – du statut des esclaves à ceux des soldats qui se révoltent contre le traitement qui leur est réservé. Malin, Alexandre Astier distille ces thèmes en y apportant des références plus proches de nous, avec finesse et sans jamais forcer le trait, ce qui permet au film de rester avant tout un divertissement familial avec toutefois plusieurs niveaux de lecture.

Contrairement aux adaptations de films d’animation américains, toutes les voix ont été enregistrées en français et avant de débuter la réalisation. Dirigés par l’auteur, les acteurs ont ainsi enregistré librement les dialogues comme dans une fiction radio, guidés par Alexandre Astier. L’animation s’est ensuite calée sur le jeu des comédiens, le résultat permet des dialogues rythmés et des joutes verbales libérées des contraintes techniques du doublage. Les fans de Kaamelott seront comblés, l’auteur de la série humoristique se fait plaisir dans cet univers où jeux de mots et vannes en tout genre côtoient les dialogues surréalistes de personnages plus ou moins… limités intellectuellement. La touche personnelle d’Astier se mêle sans fausse note à l’univers d’Astérix qui lui est finalement assez proche. Le casting réuni autour de l’indispensable Roger Carel (Astérix) est efficace : Lorànt Deutsch est Anglaigus, un frêle architecte nerveux, Alexandre Astier incarne Ousenplus, un centurion au bord de la crise de nerfs et Elie Semoun prête sa voix à Cubitus un soldat aux revendications irrésistibles. Laurent Laffitte, Alain Chabat, Géraldine Nakache, Florence Foresti et François Morel complètent cette troupe qui compte (sans surprise) quelques fidèles de la série Kaamelott, Lionnel Astier (Cetautomatix) et Guillaume Briat qui réussit une interprétation d’Obélix, toute en simplicité.

Près de 50 ans après sa première apparition à l’écran, Astérix et ses amis s’offrent un lifting des moustaches très convaincant. En équilibre subtil entre tradition et réappropriation toute naturelle, Alexandre Astier signe une adaptation moderne et réjouissante, portée par l’animation très réussie de Louis Clichy. Ave Astier, ceux qui vont rire te saluent ! 

> Astérix - Le Domaine des Dieux, réalisé par Louis Clichy et Alexandre Astier, France, 2014 (1h22)

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