L’année prochaine, deux amies et beaucoup d’ennui

mercredi 24 juin 2015 | Marco Pierrard

Décevant

Amies inséparables, Clotilde et Aude décident de s’installer à Paris après le bac afin de poursuivre leurs études. Une fois dans la capitale, leurs chemins vont se séparer. Plombée par un traitement sans surprise et un scenario très léger, la fin de cette amitié ne fait ni chaud ni froid.

Clotilde (Constance Rousseau) et Aude (Jenna Thiam) ont 18 ans et sont meilleures amies depuis toujours, liées par une puissante relation fusionnelle. Alors que les épreuves du bac approchent, les deux adolescentes doivent choisir ce qu’elles feront l’année prochaine. Bien décidée à quitter le petit village dans lequel elles vivent, Clotilde souhaite continuer ses études à Paris à la Sorbonne. Ne pouvant se résoudre à affronter ce changement de vie seule, elle inscrit Aude malgré elle aux Beaux Arts. Dans un premier temps exaspérée que son amie ait fait la démarche sans lui en parler, Aude accepte finalement de suivre Clotilde à la capitale. Une fois les cartons défaits, les deux amies vont prendre des chemins bien différents, creusant chaque jour un peu plus le fossé qui les sépare inexorablement.

L’année prochaine © photo Valérie Houdart // Hélicotronc  - Offshore

Une histoire (beaucoup trop) banale

En quittant leur petit village, Clotilde et Aude sont confrontées à un tout nouvel environnement et, loin du cocon familial, révèlent leur personnalités comme jamais auparavant. Alors que Clotilde se plonge dans les études – et dans le lit de Sébastien (Julien Boisselier), un de ses professeurs, ça peut toujours aider pour les notes –, Aude est plus dilettante dans le suivi de ses cours artistiques et enchaine les rencontres d’un soir. Lorsque Stéphane (Kévin Azaïs), l’ex-petit ami d’Aude, débarque à Paris pour la reconquérir, Clotilde voit son arrivée d’un mauvais œil. Obsédée par le contrôle et possessive, Clotilde étouffe Aude, qui va finir par se rebeller. Malheureusement, rien dans cette banale histoire d’amitié sur le déclin ne vient bousculer le spectateur. Les deux amies s’éloignent peu à peu, sans que le lien de domination que l’une exerce sur l’autre ne soit vraiment exploré.

Si le temps accordé aux deux jeunes femmes dans le scénario est bien équilibré, leurs parcours respectifs n’offrent que peu d’aspérités et l'on attend, impatient, la cassure de leur lien, qui parait un peu trop explosive comparée à la tiédeur des scènes précédentes. Pour ce premier long métrage, la réalisatrice belge Vania Letrucq dit s’être notamment inspirée de Black Swan (2010), rêvant de transposer ici un peu de la relation fusionnelle et dérangeante entre la danseuse incarnée par Natalie Portman et son double inquiétant Mila Kunis. Une référence cinématographique bien difficile à détecter…

L’année prochaine © photo Valérie Houdart // Hélicotronc  - Offshore

Le désintérêt pour les trajectoires divergentes des deux jeunes filles est également alimenté par la personnalité de Clotilde qui n’incite pas à la compassion. Si la perte de repères de la jeune Aude peut être touchante par moments, Clotilde est totalement antipathique. Adolescente froide – sa propre amie la qualifie même de frigide – et cassante, Clotilde est un monstre d’égoïsme, une enfant gâtée qui traine sa meilleure amie avec elle à Paris dans le seul but de ne pas affronter seule sa nouvelle vie. Tête à claques tout au long du film, Clotilde laisse totalement indifférent, voire agace prodigieusement avec sa vie semée de problèmes qui n’en sont pas. Installée à Paris dans l’appartement légué par sa mère, la jeune fille vit grâce à l’argent de son héritage.

Antipathie et vacuité

Lorsqu'elle se plaint de recevoir la facture de travaux de la toiture de l’immeuble et doit envisager un prêt à la banque – dont son père serait bien évidemment garant – la scène peut faire grincer des dents. Vivre d’un héritage alors que d’autres étudiants doivent travailler pour payer leurs études… En effet, elle est vraiment trop dure ta vie Clotilde ! Cette scène est assez symptomatique de la vacuité sur laquelle tente de surnager le film, sans y parvenir. Il ne se passe pas grand-chose, en tout cas rien que l’on ne puisse deviner à l’avance, et l'adolescente est tellement irritante – sans que ses failles soient mises à jour pour compenser – que l’on se détache très rapidement de cette histoire d’amitié en sursis. Les dialogues, souvent très creux, vont même jusqu’à rendre suspectes les performances de comédiens. Si Jenna Thiam (découverte dans la série Les revenants) et Kévin Azaïs (César du Meilleur Espoir Masculin pour Les combattants) s’en sortent plutôt bien, malheureusement pour Constance Rousseau, le caractère détestable de son personnage et les répliques très peu inspirées ne laissent que peu de chance à sa prestation.

Portrait d’une amitié adolescente sur le déclin, L’année prochaine est plombé par le personnage de Clotilde qui, au mieux, laisse indifférent, voire agace. Les situations vécues par les deux amies et les dialogues ne venant pas relever le niveau, le drame s’enfonce progressivement dans un océan d’ennui, et l’épilogue, sans relief, ne vient pas lui sortir la tête de l’eau.

L’année prochaine, réalisé par Vania Leturcq, France - Belgique, 2014 (1h45)

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