"Ablations", un rein pour rien

mardi 15 juill. 2014 | Marco Pierrard

Un homme se réveille au lendemain d’une soirée arrosée avec une cicatrice dans le dos, signe qu’on lui a prélevé un rein. Obsédé par ce vol, il va tout faire pour retrouver les responsables… au risque de sombrer dans la folie. Ablations est un film dont l'esthétique séduisante ne rattrape pas les faiblesses du scénario. 

Pastor (Denis Ménochet) se réveille dans un terrain vague avec une cicatrice au bas du dos et aucun souvenir de la veille. Il se tourne alors vers Anna (Florence Thomassin), une ancienne maîtresse chirurgienne, qui lui apprend qu’on lui a retiré un rein. Traumatisé par ce vol, le père de famille cache son état de santé à sa femme Léa (Virginie Ledoyen) et décide de partir lui-même à la recherche des coupables. Mais la quête de Pastor, shooté aux médicaments pour tenir le coup, prend une tournure dangereuse. Obnubilé par la recherche de son organe dérobé, il sacrifie son travail et sa famille, s’enfonçant peu à peu dans la folie.

© JPG Films / No Money Productions

Belle plastique

L’insolite histoire s’est imposée à Benoit Delépine – pilier de Groland et réalisateur avec Gustave de Kervern de comédies déjantées – à la suite d’un cauchemar dans lequel on lui volait un rein. Souhaitant mettre en lumière un jeune metteur en scène, Benoit Delépine propose à Arnold de Parscau (25 ans seulement) de porter à l’écran son scenario après avoir vu son clip flippant Good Day Today, réalisé pour une musique de David Lynch. Un choix plutôt judicieux car l’univers visuel proposé par le jeune réalisateur est audacieux et colle bien au propos. Les scènes de visions cauchemardesques qui font tourner la tête du pauvre Pastor sont à compter parmi les réussites de ce film à l’esthétique soignée. L’environnement sonore, composé de sons qui semblent organiques, accompagne bien les plans symboliques, miroirs d’un esprit de plus en plus perturbé. Malheureusement, ces trouvailles visuelles ne sont pas soutenues par un scenario assez solide pour convaincre.

© JPG Films / No Money Productions

Scenario comateux

Imaginé au départ par Benoît Delépine comme une histoire qui aurait pu figurer dans la célèbre série Alfred Hitchcock présente, ce récit d’un organe volé a dû perdre de sa puissance lors du travail de réécriture. Basé sur une idée pourtant originale, Ablations se perd en chemin en croisant la quête désespérée de Pastor avec les agissements du médecin radié Wortz (Philippe Nahon) et son assistante (Yolande Moreau), les deux criminels voleurs d’organes. Le mélange entre la dramatique descente aux enfers de Pastor et le suspens inhérent au trafic d’organe ne donne pas un résultat homogène. Les éléments d’humour noir, pourtant sous-jacents, ne sont pas exploités et le récit manque de folie pour qu’on accepte la dérive de cet homme qui n’envisage à aucun moment de contacter la police malgré sa situation qui s’aggrave. Un parti pris radical d’autant plus étrange que sa maîtresse Anna l’encourage également dans sa folie. Les acteurs sont convaincants mais ne peuvent pallier la faiblesse du scenario qui pousse trop loin la logique de vengeance de son héros mutilé. La destination des organes volés par Wortz et son acolyte est un rebondissement surprenant mais ne sauve malheureusement pas le film.

Visuellement intéressant, Ablations souffre d’une histoire qui oscille entre le drame vécu par son personnage principal et le mystère de ces vols d’organes à répétition. Trop radicale, la quête de Pastor cesse d’être crédible très rapidement et se termine de façon abrupte... sans provoquer la moindre émotion.

> Ablations, réalisé par Arnold de Parscau, France, 2013 (1h34)

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