"9 mois ferme", la farce réussie de Dupontel

mercredi 16 oct. 2013 | Jean-Charles Dufeu

De la part de Dupontel, on pouvait s’attendre à tout. Même au pire. Ici, on en est loin, très loin : le fantaisiste réalisateur signe sans doute son meilleur film, drôle, rythmé, finement mené. Et finalement assez touchant. Pirouette réussie.

Le juge est une femme

Interprétée avec beaucoup de malice par Sandrine Kiberlain, l’héroïne est un magistrat, droite comme la justice, sèche comme un coup de trique. Jusqu’au jour où elle découvre, sans transition bien sûr, qu’elle a été engrossée à son insu. D’un monstre qui plus est. Puisque, test ADN à l’appui, le père se révèle être un cambrioleur "globophage". Entendez par là qu’il mange les yeux de ses victimes. 

Commence alors pour le juge une quête plus qu’une enquête (qu’on sait d’ailleurs gré à Dupontel d’évacuer rapidement de son scénario) vers la vraie nature de ce père indigne et de la digne société de juges, d’avocats, de médias, gendarmes et quidams qui l’ont mis au ban.

Plus de Depardon, moins de tex Avery

De ce nerf dramatique, qui pourrait aussi bien être prétexte à un film noir, Dupontel tire une farce plaisante et légère. Sans omettre au passage quelques piques bien senties, clins d’œil cinéphiliques et bulletins d’informations dissimulés sous des tirades absurdes (et vice versa), le réalisateur accomplit avec brio la mission qu’il s’est fixée : divertir son public.

C’est réussi, grâce notamment aux scènes de comédie chaplinesque où l’acteur, agile marionnette du cinéaste, réalise avec Sandrine Kiberlain un attendrissant duo, elle cérébrale et gracieuse, lui lunaire et pataud. Ça l’est aussi dans les scènes où l’actrice remplit son rôle de juge, au palais de justice. Réellement inspiré de Depardon et de son 10ème Chambre – Instants d’Audience, le film de Dupontel traduit en comédie ce que le documentaire nous donnait pourtant à voir en drame.

L’audience est levée

Pessimiste, sans en avoir l’air, Dupontel est trop malin pour faire entendre à son public la sentence d’un moralisateur. Il ne veut même pas s’aventurer sur le terrain de la psychologie et préfère balader ses spectateurs confortablement d’un plan à l’autre (celui qui ouvre le film est d’ailleurs particulièrement audacieux), en les laissant croire qu’ils sont devant une comédie légère. A la fin du film, on a bien ri, c’est sûr. On a écrasé une larme ou deux aussi. Et on quitte les (places) assises, puis on délibère, le sourire aux lèvres, en se disant quand même « heureusement que ça n’a rien à voir avec la vrai vie ». Ah oui… Heureusement.

> 9 Mois Ferme, réalisé par Albert Dupontel, France, 2013, (1h22)

0 Commentaire

  • Avant de poster vos commentaires, merci de bien vouloir prendre en compte la charte des commentaires .
  • Il n'est plus possible de réagir sept jours après la publication de l'article.
  • Si un commentaire vous parait douteux (insultes, xenophobie, publicité ...) merci de nous le signaler en cliquant sur le lien "Alerter"

Vos réactions

Sur Facebook

Articles du mois