Les Swaggers : le hip hop dans les veines

lundi 4 mars 2013 | Elsa Bastien

Les Swaggers, ce sont des filles qui se la pètent, si on s'en tient à la traduction. C'est surtout un groupe de danseuses hip hop qui ont réussi à imposer leur style dans un milieu d'hommes. Citazine a rencontré Marion Motin, à l'origine du "crew". 

Une bande de filles qui s'est imposée dans un monde d'hommes. Photo DR

Charenton. De la fenêtre de sa chambre, Marion montre le porche, c’est là que les filles s’entrainent, quand il pleut. Sinon, c’est sur la place de l’Eglise. Même si elles se sont sérieusement imposées dans le monde de la danse urbaine, elles n’en squattent pas moins les lieux publics de la ville francilienne pour danser. Les filles, c’est les Swaggers, un groupe de hip hop au féminin. Elles sont neuf et ont entre 18 ans et la trentaine. Les Parisiens ont pu les voir au festival Osez le féminisme au Divan du Monde, au Week end Street Art à Montreuil en novembre dernier… mais aussi à Los Angeles ou à la Réunion !

Celle qui chapote tout ça, c’est Marion Motin. Pas facile de la rencontrer. Quand elle n’est pas danseuse et chorégraphe sur la tournée de Madonna, elle est en résidence d’artistes à Lille, avec les Swaggers justement. C’est qu’elles montent un spectacle, In The Middle, une création d’une quarantaine de minutes. Si tout paraît aussi fluide aujourd’hui, les Swaggers sont la conséquence, imprévue et non imprévisible, d’une période de disette de Marion, égaillée de beaucoup de talent et de motivation. « J’étais dans une galère noire, je n’avais pas de tune, pas de taf mais plein d’envie. »

Un crew de nanas

Elle se souvient. Sa mère : « il faut que tu crées, que tu montes des projets ». Yugson du célèbre crew Wanted Posse : « tu as un blase dans le milieu du hip hop il faut que tu fédères, que tu partages avec les autres ». Des mots auxquels elle est d’autant plus sensible qu’elle avait envie de créer un « crew de nanas » depuis longtemps. « J’étais dans une galère noire, je n’avais pas de tune, pas de taf mais plein d’envie, explique-t-elle aujourd’hui. Le hip hop c’est un truc où les danseurs se soutiennent entre générations. Tu as un devoir. Nous, des anciens nous ont pris sous leurs ailes, je me disais que c’était à mon tour de faire quelque chose ». L’idée étant de les entrainer pour des battle, rien de plus. D’autant qu’à l’époque, Marion se rend bien compte que les filles sont très rares dans le milieu.

Les Swaggers devant le café de la danse. Photo DR

Peu de filles et un milieu plutôt underground, loin de ce qu’il est devenu aujourd’hui. « Si le hip hop est rentré dans les mœurs depuis quelques années, ce n’était pas le cas quand j’ai commencé à en faire. Le premier Juste Debout, en 2003, (une compétition internationale de hip hop NDLR), en banlieue, le public était assis sur des bancs en bois, la salle, dans un gymnase, n’était pas remplie, maintenant c’est à Bercy ! Ca ne fait pas longtemps qu’on ne te prend plus pour un voyou quand tu fais du hip hop ». Marion rajoute : « Je me souviens qu’en 2003, avec une amie, on était les seules, en House, à aller si loin, on était arrivées en demi-finale de "Juste debout". »

Du coup, elle appelle des copines et des danseuses repérées en battle. Très vite, elle se rend compte que les filles ont un bon niveau : plutôt que les former, elle dansera avec elles.Elles se mettent à bosser sérieusement, pendant deux mois, avec un objectif en tête : le concours Hip Hop International (HHI) 2010. « On répétait dehors, en se prenant des pauses au MacDo. C’était mortel, nouveau, on était entre nanas, on trainait ensemble, on allait en soirée, on dormait tout le temps chez l’une ou l’autre, un vrai crew quoi… on kiffait… », s’enthousiasme-t-elle. Et ça a payé. Les Swaggers deviennent vice-championnes de France, de quoi booster leur motivation, et resserrer, encore plus le groupe. Autre compétition, autre victoire : elles gagnent le Dance Delight 2010.

Une vie pour la danse. Photo DR

D’un coup, les propositions de show s’enchaînent. « Il n’y avait pas de groupes de nanas, et notre identité ‘petit mec ‘ a plu, avec nos casquettes à l’envers, nos vans rouge, toutes en jean, ça a pris direct, chez les nanas surtout. » Et quand Marion organise des stages, les filles viennent lookées comme elles, avec la tresse sur le côté ! « Je ne pensais pas que ça irait aussi loin, s’exclame-t-elle. C’était juste pour s’amuser et pour montrer l’exemple, vu qu’il y a des mecs partout. Moi je n’ai pas eu d’exemple de femmes, tous mes mentors étaient des mecs… Certaines filles m’ont dit que c’était une révélation. En fait c’est possible d’être une fille et de faire des shows ! »

Une vie pour la danse

Son premier mentor, c’est Mickael Jackson. Marion, c’est d’abord et avant tout la petite fille qui s’endormait en écoutant des cassettes du King of Pop. Puis l’ado qui danse au centre commercial de Chatelet. « Il y fait chaud et les mecs nous ramenaient des cassettes vidéo de hip hop », et finit par intégrer les shows de Matt Pokora. Les Swaggers, aujourd’hui, une vraie petite entreprise, avec un cadre, des cachets, et beaucoup de demandes, est le résultat de toute une vie consacrée à la danse. « J’ai fait le tour du monde avec la danse… je vis de ma passion, c’est génial », reconnaît-elle, dans son appartement de Charenton qu’elle partage avec une autre Swaggers. 

Et passer ne serait-ce que quelques heures à Charenton-le-Pont donne l’impression que cette ville limitrophe à Paris est un creuset artistique ! D’ailleurs, à la porte, on sonne : c’est ? La créatrice de la marque Buddha Sistaz. Elle aussi habite dans le coin, et crée des habits ou des objets en wax. Comme les Swaggers, elle fait partie des Meufs ki Osent. Ce collectif est né sous la bombe d’Audrey, une graffeuse, qui avait posé "Les Swaggers et ça c’est pour toutes les meufs ki osent". Toujours portée par ce « délire du collectif », Marion, et bien d’autres filles du coin, ont poussé à la création des MKO. Elles rassemblent une dizaine d’artistes – du graff, des fringues, de la danse, musique etc…- et font des expos ensemble. Le collectif permet une transversalité qu’elles ont toutes à cœur de cultiver. « C’est ça MKO. Tu n’oses pas ? Pourquoi ? Viens, fais, on arrête d’attendre, on se rallie et on fait un truc. » Marion pourrait redonner espoir et envie à un dépressif patenté. 

 

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